Synthèse des Rencontres Nationales des Programmes régionaux de développement des Métiers d'Art

23 et 24 septembre 2003
Paris, Centre Français du Commerce Extérieur


En préambule, il convient de souligner l'importance de la tenue de ce colloque, même si quelques frustrations peuvent apparaître (on n'a pas tout dit, on a trop dit sur certains thèmes, on n'a pas toujours dépassé des querelles anciennes…).
Ces rencontres étaient attendues : nous avons maintenant du recul (politique affirmée par le Ministère dès 1996, certaines régions avaient démarré bien avant, plusieurs d'entre elles en sont à leur deuxième ou troisième plan…), la nécessité d'échanger est ressentie par tous et ce colloque se tient dans un contexte porteur de changements et de contraintes : décentralisation et rigueur budgétaire.

Les enquêtes menées par la SEMA et la FNAA, qui jouent un rôle important d'animation et de coordination des actions, nous ont apportés des informations précieuses qui ont tissé une toile de fond à ces deux journées

- Les PRDMA couvrent largement le territoire : 16 régions sur 22. Certains existaient sous diverses formes avant la mise en place de la politique du Ministère, d'autres sont en démarrage, on voit qu'il s'agit d'une démarche qui requiert du temps.

- On assiste à la montée en puissance des financements régionaux en complément des crédits FISAC ou des crédits d'Etat inscrits dans les contrats de plan.

- Il y a débat sur les priorités : les conventions signées et les remontées des différents protagonistes des programmes ne donnent pas la même priorité aux actions et les acteurs n'ont pas les mêmes points de vue. C'est ainsi que la formation qui apparaît au premier rang dans les programmes est en retrait derrière d'autres thèmes comme la promotion dans les réponses des organismes interrogés.

- S'ils ne sont pas systématiques des diagnostics préalables ont été menés, un caractère plus partenarial est souhaité.

- L'animation se fait selon divers modes, et une plus grande participation des professionnels est là aussi souhaitée.

- Enfin, si des actions nombreuses ont été conduites, il faudra davantage les évaluer.


Les objectifs d'un PRDMA

Comment chacun définit-il ses objectifs ¾ dans sa propre structure¾ et comment à partir de volontés particulières fait-on œuvre collective ?

Tous les cas de figure existent d'une opportunité saisie et amplifiée (Poitou-Charentes) jusqu'à un travail de maturation assez long (Rhône-Alpes), on peut néanmoins se risquer à dégager quelques principes :


- La nécessaire mobilisation des professionnels pour qu'il y ait une prise de conscience et une volonté d'agir collectivement (cela peut prendre du temps : ex du groupement de la Franche-Comté qui a démarré il y a 11 ans et action plus récente dans le Nord).

- L'Etat initiateur de processus pour parvenir à une vision commune qui débouche sur un projet.

- Le premier travail de concertation Etat/région/établissements consulaires et professionnels est d'arriver à une vision commune autour de deux questions : quel devenir pour les métiers d'art dans la sphère économique, quelle place pour les métiers dans les différents territoires, ce qui suppose bien entendu un état des lieux préalable.

A l'articulation de la volonté des collectivités territoriales (maillage du territoire) et du renforcement de la performance de la filière, les chambres de métiers ont un rôle important à jouer.

- Le projet ainsi travaillé, il sera plus facile de déboucher sur un programme d'action ; ce qui devrait permettre de dépasser les points de vue divergents exprimés dans les enquêtes.

- Il s'agit d'une démarche qui prend du temps et qui devrait faire disparaître certains ressentis des financeurs : " quel argent avez-vous et pour quel objet " avant toute élaboration de projet d'action. C'est une démarche qui devrait aussi éviter que des professionnels soient isolés comme l'a exprimé l'association Terres de Provence. La difficulté à obtenir un engagement de la part des institutions surprend dans une région où les métiers d'art ont un poids aussi important.

Conclusions : même si les initiatives relèvent d'acteurs différents, l'idée serait de se mettre d'accord sur la démarche exposée précédemment, démarche inscrite dans la durée et laissant place aux ratés, aux recadrages et donc à l'évaluation des résultats car dans la plupart des régions on est aujourd'hui sur des " coups partis ".


Le financement : quel avenir dans le cadre de la décentralisation ?

Tout le monde a pris acte de :

- La situation budgétaire tendue qui va caractériser les deux prochains exercices budgétaires,
- La décentralisation et le nouveau transfert de compétences et de moyens aux collectivités locales. Les règles n'en sont pas totalement clarifiées comme l'ont indiqué le DRCA d'Aquitaine et le Directeur des services économiques de l'APCM, et le FISAC (support du programme volontaire engagé en 1996) verra ses crédits décentralisés sans qu'on en connaisse l'ampleur et les modalités.

Il paraît judicieux dans ce contexte de partir d'une vision partagée de la place des métiers dans l'économie,dans la culture et dans le développement des territoires pour se valoriser auprès des régions, cette valorisation passe par :


- Des métiers d'art organisés, si possible structurés en groupements, associations,

- Capables de donner envie " qu'on s'occupe d'eux " (Représentant du CR Aquitaine), ce qui veut dire un travail avec les chambres de métiers pour bâtir des argumentaires (poids des métiers d'art, rôle, image…), présenter des résultats ce qui permettra de rebondir vers des actions nouvelles ou la continuation d'actions existantes (rappel du critère temps pour produire des résultats),

- La démonstration de l'efficacité des structures porteuses des PRDMA. Le rôle important que jouent et devront continuer à jouer les professionnels pose la question de l'indemnisation de leur temps dans des actions collectives. S'il y a eu accord sur le principe, les modalités font l'objet d'une discussion qui devra se poursuivre.

-Les régions vont jouer à l'avenir un rôle décisif dans le financement des actions en faveur des métiers d'art. Elles se sont impliquées et continuent à le faire mais elles vont être mobilisées sur le financement de secteurs lourds (infrastructures, emploi, formation).

- Les collectivités territoriales c'est aussi les conseils généraux, les communes…il y a des pistes à creuser de manière impérative. Des choses se font (ex de la Haute Loire) qu'il va falloir amplifier si possible dans une démarche coordonnée avec les régions.

- Une volonté forte de l'Etat doit persister. L'Etat est interpellé sur le maintien d'un rôle fort dans un cadre de transfert de crédits. En qui peut-il consister ? On voit dans les débats qu'il y a matière à développer des études, des outils de portée nationale, à mutualiser des efforts, à réunir régulièrement les responsables régionaux, faire circuler l'information. Cela peut être une des voies d'intervention pour l'Etat.


Le fonctionnement : la place des professionnels, l'adaptation des actions aux besoins, l'instance d'animation, sa fonction, son positionnement


D'emblée il faut évacuer le débat qui opposerait professionnels et techniciens des structures, en particulier chambres de métiers. Toute la logique des deux journées tend vers on fait " ensemble " et non " à la place de ".

Il faut donc réfléchir à comment faire ensemble (et il y a de la matière dans les différentes interventions). Faire ensemble sera d'autant plus facile qu'on aura dès l'amont fait un travail de réflexion pour parvenir à des objectifs communs. Mais si ce travail amont n'a pas été fait, on constate que dans bien des cas un rattrapage s'opère tout au long du déroulement des projets.
Faire ensemble c'est sans doute passer par l'identification du rôle de chacun à tous les niveaux : faire des propositions d'action, bâtir concrètement les projets d'action, décider, faire, suivre...

Il n'y a pas de modèle unique de fonctionnement

- tantôt la Chambre régionale des métiers avance et mobilise au mieux les professionnels à chaque phase du projet (CRM Picardie) ;

- tantôt un groupement de professionnels se structure au fil du temps, travaille sur les objectifs, puis définit des actions, se dote de moyens en déployant les coopérations techniques, avec en particulier les établissements consulaires (Franche Comté) ;

- tantôt la région impulse une structure qui progressivement tisse des liens avec les autres institutions et entraîne les professionnels (Poitou-Charentes)

…mais des conditions à respecter :

- pas de confusion des rôles,

- respecter le rôle de l'autre et son utilité,

- travailler sur la confiance, ce n'est pas gagné a priori comme on l'a vu à certains moments des débats (c'est un axe de travail privilégié par la mission métiers d'art des Pays de la Loire),

- se donner au niveau des structures les moyens pour une évaluation notamment qualitative des actions menées et de leurs résultats.

Des ateliers qui ont présenté une synthèse de leurs débats on retiendra quelques points forts.

L'atelier " La formation, la transmission des savoir-faire, la sensibilisation du public " a mis l'accent sur la nécessité :

- de travailler à partir de régions ou de cas qui peuvent être riches d'enseignements : la région Lorraine qui mène un programme très structuré centré sur la formation, la démarche autour des savoir faire rares développée dans quatre régions ;

- d'engager ou poursuivre des collaborations avec des structures techniques (ex BRGM…) à destination des professionnels des métiers d'art qui veulent élargir leurs compétences ;

- mettre en place une coordination des animateurs des PRDMA pour qu'ils identifient les spécificités régionales, qu'ils travaillent sur les demandes de formation, qu'ils valident les contenus des formations existantes ou qu'ils en bâtissent des nouveaux…Il s'agit d'un travail complexe, long qui dépasse le seul cadre régional pour s'ouvrir sur de grandes régions.

L'atelier " La promotion, la commercialisation, la valorisation de l'image de marque des métiers d'art" a dégagé des pistes qui renvoient et précisent les travaux de la précédente journée :


- Les entreprises et les hommes ont besoin pour améliorer leur performance économique (augmentation de leur chiffre d'affaires) de formation, d'expertises extérieures ;

- Un regroupement des professionnels est indispensable pour agir ;

- Les animateurs des PRDMA ont besoin de travailler en réseau et d'échanger au cours de réunions régulières ;

- Des projets d'études, d'actions collectives concrètes pourraient être affinées au cours des prochains mois.

L'atelier " Les pôles métiers d'art, la démarche en réseau " a, partant d'exemples très concrets, souligné :

- la fragilité des pôles métiers d'art car de nombreux acteurs sont mobilisés dans un système complexe,

- la nécessité de se regrouper (comme les autres ateliers l'ont fait) et de valoriser les productions par des labels.

- Il préconise une action globale pour éviter le saupoudrage et renforcer la cohérence.

En conclusion

Il semble que ces rencontres attendues ont été utiles, la poursuite d'un travail en commun et d'échanges est vivement souhaitée. L'Etat est sollicité pour continuer à appuyer les actions en faveur des métiers d'art, en particulier au travers de travaux de portée nationale (études, mise au point d'outils…) dont le secteur a besoin. Enfin, la SEMA et la FNAA sont invitées à renforcer leur travail d'animation et de coordination.


Rédaction : Marie-France GUEFFIER.

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